MONEY ONE !

1 -Très loin dans l’espace-temps, à mycène, une main habile moule délicatement un masque sur le visage d’un roi mort, empreinte positive d’une absence, d’un vide. Le matériau utilisé n’est pas de la glaise mais de l’or pur. Un peu plus tard, de leur vivant, d’autres rois frapperont à leur effigie des rondelles du même métal, allié cette fois au cuivre pour être moins malléable. Ce talisman promettant au prince l’immortalité, ce sera l’argent.

2 – De dos au premier plan, un jeune garçon plonge la main dans la fente sombre d’un sac à main tout en ne perdant rien du spectacle d’une femme qui, nue au second plan, les jambes écartées, se tord, de douleur ou de plaisir, sur un lit aux draps dans un désordre évocateur. (Que donnerait la scène si Fischl avait peint une fille au lieu du garçon ?).

3 – Dans un magazine une femme parle de l’inconfort et la culpabilité toujours liés à l’argent. culpabilité ou inconfort de gagner ou de dépenser trop ou pas assez d’argent. à l’argent elle propose une alternative : le désert, le vent qui souffle sur le sable chaud, le silence.

4 – A l’époque reculée autant qu’imaginaire du troc, le détenteur d’un stock de peaux qui peine à les échanger contre un stock de noix invente un “équivalent général“, l’argent, pour faciliter le commerce. et ensuite ? Ensuite, ce type a l’idée géniale de stocker des biens jusqu’à ce qu’il y ait pénurie ou bien de les transporter à un endroit où leur valeur est supérieure, c’est à dire d’en tirer une plus-value : vingt paires de chaussures vendues permettent d’en racheter trente, vingt paires de chaussure en valent trente. eureka !

5 – A propos de sophie calle, christine angot écrit : l’argent, elle l’a. Ce qu’elle n’a pas c’est ce qu’ont les hommes. Ce qu’ils ne veulent pas lui donner. Mais l’argent, elle l’a. Les filles ont l’argent mais ça ne suffit pas, c’est autre chose qu’elles veulent.

6 – Début dix-septième, les commerçants hollandais, submergés par toutes sortes de pièces plus ou moins trafiquées créent la première banque “de garantie“, la banque d’Amsterdam, qui pèse ces monnaies, et met en circulations des certificats.

7 – Pendant quelques décennies, les dépots sont conservés scrupuleusement dans les coffres conformément aux statuts de la banque, puis les administrateurs contemplant avec concupiscence leur tas de pièces tristement immobiles cèdent à la tentation de s’en servir pour leurs affaires (celles de la ville ou de la compagnie des indes orientales) il commencent donc à utiliser où à prêter ces dépots et créent de la monnaie fictive. La banque moderne est née !

8 – Un type raconte qu’il aime l’argent, que d’avoir de l’argent le fait se sentir bien. Bien manger, vivre confortablement, voyager en première classe sont des valeurs solides pour lui. Des valeurs qui le rendent solide. S’il n’avait pas d’argent (ou de travail) il se sentirait insecure, ineffectual and estranged. Exclu du monde, de la civilisation.

9 – Une main tripote des sortes de petites crottes posées sur une table recouverte d’un tissu bleu. L’autre main légèrement repliée se tend vers un second tas, cette fois-ci ce sont nettement des pièces d’or. À gauche sur la table deux récipients métalliques remplis des mêmes objets. Derrière ces deux récipients une armoire dont une des porte est ouverte et laisse voir dans un écrin rouge trois sacs bien remplis. L’air sérieux, responsable, presque ennuyé (l’air ennuyé du client de sex-shop) du banquier vénitien gravé par Grevembrock est contredit par la position de la main tripotant les pièces, par la symbolique sexuelle des jarres, de l’armoire, et des sacs, et de la clef qui pend, disproportionnée, au centre de la scène.

10 – Louis le 14 ème, comme il n’arrivait plus à dévaluer suffisamment vite la monnaie pour financer ses guerres, distribua des bouts de papier couverts de tampons, des reconnaissances de dette. Qu’en faire? se demandent les heureux détenteurs. Ils commencent alors à échanger ces billets contre des pièces ou des marchandises. Un beau jour, voyant l’usage promis à ses bouts de papiers tamponnés, le surintendant se frappe le front de la main et décide de transformer la dette en… monnaie.

11 – Un autre type raconte l’histoire d’un junkie vivant avec de l’argent qu’il n’a pas, braqué dans une rue de new-york par un intermédiaire foireux, puis partageant sa dope avec des filles accros mais fauchées qui couchent avec lui après leur dose sans qu’on sache si elles y prennent plaisir. Lui, oui. Plaisir, c’est même le dernier mot de son histoire d’argent et de drogue. Couteau, seringue et sexe, une histoire de pénétrations plus ou moins abouties.

12 – Quelqu’un a dit : l’argent c’est comme les chaises musicales, à cette différence qu’il n’y a qu’une chaise, et un grand nombre de joueurs. Tant que tout le monde courre, tout va bien. Plus cela tourne vite plus l’illusion (cynétique ?) que chacun dispose de sa propre chaise est forte. Mais tôt ou tard il faut que la musique s’arrête. A la fin il n’y a qu’un seul gagnant.

13 – Dans l’histoire américaine il y a ce moment où tout est permis, en particulier avec l’argent. Des banques se montent dans les nouveaux territoires avec pour tout capital une presse à imprimer des billets qui aussitôt installées tournent à plein rendement. Une banque du massachussets aurait émis pour cinq cent mille dollars de titres ou de billets avec pour toute réserve quatre vingt six dollars cinquante. Un peu plus tard, des contrôleurs fédéraux circulent de banque en banque pour vérifier qu’elles ont, en coffre, de quoi garantir leurs émissions de billets. Suivant le même itinéraire, mais avec quelques heures d’avance, circulent des chariots chargés d’or.

Un autre type défend une théorie freudo-marxiste selon laquelle l’ultime luxe, celui qui se dérobe, c’est le désir.

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