Je suis une affiche détournée.

Leur entreprise avait commencé bien avant que les Nuits se lèvent.

A présent, c’est un déferlement d’inspiration, une coulée d’indignation, qui les poussent, chaque semaine, à venir me coucher sur la grande place qu’ils ont faite leur, et à s’acharner à me forger meilleure image que ce que je ne renvoie sur les trottoirs.

Armés, crocs à cran, de leur créativité sans limite, ils s’attaquent à moi comme un peintre à sa toile, déversant peinture, esquissant traits de feutre, et autre douceur pour une thérapie fatale. Ils soignent chacun de leurs gestes, découpent dans ma chair pour panser les blessures. Ils sont à l’écoute attentive de mes douleurs et leur pommade est de meilleur humour que celui de mes procréateurs. Comme eux, ils peaufinent minutieusement chaque détail, et tentent de n’oublier aucun de mes recoins. Je deviens sous leur doigts le plus bel étendard, lorsqu’il recouvrent les logos qui font à mon front l’effet d’un code barre.

Quel audace de s’approprier mon âme alors que j’appartiens à d’autres riches horizons ! Mais pour remettre l’espace public-citaire à disposition, ils trouvent, sur ma peau, de quoi reconquérir leur liberté d’expression.

Me voici remise debout, verrouillée dans ma vitrine de rue, mais plus épanouie de sentir qu’aux regards captifs de ces rêves hideux et fausses promesses vendues, j’offre à présent un spectacle qui ressemble mieux à la vie, aspirant à des rêves moins corrompus. Non pas plus belle, j’ai simplement retrouvé ma réalité, surprenante et crue, que je hurle à mes otages libérés. Mon élégance n’est rehaussée que dans la vérité. Je me sentais nue, d’être autant maquillée d’ornements Capital. Je me tiens fière, d’inspirer chez l’autre l’Identité, qui n’existe jamais dans l’Idéal. Mes voisines, encore, prônent une société qui se dévergonde, tandis que j’élève enfin l’espoir d’un autre monde.

Ma longévité ne sera que de quelques heures, ou peut-être une journée. J’entends déjà l’afficheur venir m’arracher. Et c’est là, pourtant, que naît toute la puissance et la beauté. Dans ce temps passé à me remettre en état. Urgence était. Dans cet acharnement artistique à rechercher plus souple posture que les chorégraphies vulgaires qui veulent séduire pour faire dé-penser. Et pour ces secondes éphémères durant lesquelles des yeux d’esclaves affranchis vont se poser sur moi.

Ma vie
L’espoir d’une réaction
La passivité
La mort de l’Art
Qui m’a rendu
Ma vie

Je suis une voile de papier que l’on jette au flammes, mais qui se déploie le temps d’une bourrasque, et invitent les regards baladeurs à respirer un instant… et à monter à bord !

 

 

 

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