de la crise

 

San Francisco, 12 Mai. Il est largement accepté parmi les américains que les écotopiens sont devenus un peuple paresseux et indolent. Ce fut la conclusion logique après l’indépendance, quand les écotopiens adoptèrent la semaine de 20 heures. Pourtant personne en Amérique n’a, il me semble, tout a fait réalisé la portée du changement que cela représente pour notre mode de vie –et même maintenant cela reste très surprenant qu’une législature écotopienne ait pu, dans un premier élan de pouvoir, prendre une mesure aussi révolutionnaire. Ce qui était en jeu, affirment les écotopiens informés, n’était rien d’autre que la révision de l’éthique du travail protestante à la base de la construction américaine. Les conséquences furent sévères. En termes économiques, Ecotopia fut forcé d’isoler son économie de la compétition avec des peuples plus travailleurs. Leur industrie fut fragilisé pendant des années avec une chute du PNB de plus du tiers. Mais les plus profondes implications de la diminution de la semaine de travail furent philosophiques et écologiques: l’espèce humaine, selon les écotopiens, n’était pas faite pour la production, comme le 19 e siècle et le début 20e l’ont cru. Les humains étaient plutôt destinés a prendre leur modeste place dans un invisible mais stable tissu d’organisme vivants, en perturbant ce tissu le moins possible.

Les changements philosophiques ont pu sembler innocents a la surface mais leurs profondes implications apparurent très vite. Les économistes écotopiens, qui incluaient certains parmi les plus respectés en Amérique, étaient bien conscients que, pour soutenir voire même élever le standard de vie, il fallait exercer une pression incessante sur le temps de travail et la productivité des travailleurs. Les travailleurs pouvaient bien grogner contre l’accélération des cadences, pourtant, sans de lents mais constants gains de productivité, impossible d’attirer ni même de retenir le capital ; et la sanction immédiate était un effondrement financier. L’extreme nouveauté introduite dans cette logique de pensée par quelques militants écotopiens fut de propager le point de vue qu’un désastre économique n’était pas la même chose qu’une catastrophe affectant la survie des personnes. Et que, si le pays pouvait s’organiser pour consacrer ses véritables resources d’énergie, connaissance, talents, et matériaux, aux nécessités basiques de la survie, une panique financière pouvait avoir ses avantages. Si l’on pouvait parvenir a cela, même un catastrophique déclin du PNB (qui était de toute façon dans leur opinion en majeure partie le résultat de gaspillage) pouvait se révéler utile politiquement.

(Extrait de « Ecotopia » par Ernest Callenbach, publié en anglais en 1975, traduction art debout 2016)

Version originale:

May 12. It is widely believed among Americans that the Ecotopians have become a shiftless and lazy people. This was the natural conclusion drawn after Independence, when the Ecotopians adopted a 20-hour work week. Yet even so no one in America, I think, has yet fully grasped the immense break this represented with our way of life—and even now it is astonishing that the Ecotopian legislature, in the first flush of power, was able to carry through such a revolutionary measure. What was at stake, informed Ecotopians insist, was nothing less than the revision of the Protestant work ethic upon which America had been built. The consequences were plainly severe. In economic terms, Ecotopia was forced to isolate its economy from the competition of harder-working peoples. Serious dislocations plagued their industries for years. There was a drop in Gross National Product by more than a third. But the profoundest implications of the decreased work week were philosophical and ecological: mankind, the Ecotopians assumed, was not meant for production, as the 19th and early 20th centuries had believed. Instead, humans were meant to take their modest place in a seamless, stable-state web of living organisms, disturbing that web as little as possible.

This philosophical change may have seemed innocent on the surface. Its grave implications were soon spelled out, however. Ecotopian economists, who included some of the most highly regarded in the American nation, were well aware that the standard of living could only be sustained and increased by relentless pressure on work hours and worker productivity. Workers might call this “speed-up,” yet without a slow but steady rise in labor output, capital could not be attracted or even held; financial collapse would quickly ensue. The deadly novelty introduced into this accepted train of thought by a few Ecotopian militants was to spread the point of view that economic disaster was not identical with survival disaster for persons—and that, in particular, a financial panic could be turned to advantage if the new nation could be organized to devote its real resources of energy, knowledge, skills, and materials to the basic necessities of survival. If that were done, even a catastrophic decline in the GNP (which was, in their opinion, largely composed of wasteful activity anyway) might prove politically useful.

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