le vote

Nous discutons de la question du vote. Ne pas voter est un devoir citoyen, c’est ce que nous pensons, sinon nous ne serions pas ici. Ne pas voter est en quelque sorte l’un des moyens de nous tenir dans le mouvement (dans la nécessité d’avoir à fabriquer ce qui nous arrive). Ça nous oblige. Il y avait ce petit devoir du vote séché sans problème, dans l’alternance, une fois je vote, une fois je vote pas, maintenant que le mouvement prend tout ce qui n’est pas le vote, tout le reste, on peut par soustraction (ou par déduction) ne pas voter – à condition de s’y tenir. Oui, mais c’est quand même un devoir de voter, dit l’un d’entre nous, ça n’empêche pas qu’il vaut mieux voter. Et on peut même empêcher le vote, ajoute un autre. Convaincre les gens, devant les bureaux, de ne pas y aller. Je me souviens qu’aux dernières élections, il y a quelques mois, j’ai presque supplié un ami, qui passait devant le bureau de vote en s’en retournant chez lui, de voter contre l’extr. dr. Chacun tour à tour est bien décidé, fermement, à ne pas voter, puis vote. Ou l’inverse. Nous proposons de voter pour les Partis minoritaires, par exemple, ce qui est voter un peu. Est-ce que voter blanc ce n’est pas, pour ainsi dire, ne pas voter ? Voter pour un Parti minoritaire, c’est à coup sûr voter, mais au moins on a la certitude qu’il ne sera pas élu – longtemps je me suis dit qu’au moins ceux-là non, et qu’on était en démocratie. Supposons que l’extr. dr. passe en Autr. (Margret m’écrit : Es ist ein ALPTRAUM (un cauchemar). Dans les statuts de cette association néo-fasciste, on peut lire que Austria is a bad fiction of history, l’Autriche est UNE FICTION DE L’HISTOIRE : wir sind ein deutsches Volk, nous sommes un peuple allemand.  Supposons qu’une fois de plus l’extr. dr., alors. Quelle est la différence entre voter blanc voter nul ? Eh bien, ou alors, cependant que je me vois tirer à l’imprimante des bulletins personnels aux dimensions exactes avec, au lieu du nom du candidat, « Vous pensez sérieusement qu’on y croit encore ? », tu votes Juppé. Ce supplice délicieux, faire espérer à l’extr. dr. que ça y est, et au dernier moment VLAAAM (je vois le type du bureau de vote de la dernière fois arracher sa casquette, piétiner sa casquette, etc). Je me souviens que l’an dernier, on a voté pour Bielsa aux régionales, à Marseille (c’était le coach de l’OM). Qu’est-ce qu’on faisait entre deux élections, avant ? Il y avait ces longues plages de temps, meublées par les discussions télés, reprises par nous, et ce bref geste physique. La descente en vélo vers le bureau de vote, la prise de l’enveloppe et des bulletins, le soulevé de rideau, le regard vers les bulletins froissés dans la poubelle ; tu plies le papier, tu le mets dans la vieille enveloppe bleue un peu crasseuse, tu t’avances vers l’urne en plastique, tu jettes un œil aux assesseurs (est-ce qu’on appelle ça comme ça ?), tu poses l’enveloppe dans la fente fermée, tu entends ton nom avec tous tes prénoms, l’enveloppe tombe, tu te décales à gauche pour la signature, dans un cadre pour que tu ne te trompes pas de colonne, tu récupères tes papiers, ta carte tamponnée. Le bain commun d’une grande abstraction. La semaine dernière, en voyant une série avec Anna Mouglalis où le Président de la République était destitué, je me suis dit Tiens, c’est vrai, le Président de la République peut être destitué. S’il y a plus de 50 % des électeurs qui ne votent pas aux prochaines présidentielles, est-ce qu’on dit que cette élection n’est pas valable, dit l’un d’entre nous. Une motion de censure en temps normal peut renverser le gouvernement, mais qui se souvient si une loi, votée, ou bien votée puis retirée, ne maintenait pas la possibilité de dissolution de l’assemblée même en état d’urgence ? Est-ce qu’après le tour de France l’état d’urgence est prolongé ? Un attentat fin juillet.

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