LA MIETTE IDÉOLOGIQUE DE LA SEMAINE (277 MARS: BADIOU ET ND NICE)

Je propose dès le début de l’aventure Nuit Debout (à Nice) de considérer que la théorie du philosophe Alain Badiou (dans certaines de ses nombreuses parties) est l’une des plus importantes (car puissante) à la disposition de nous autres citoyen(ne)s de bonne volonté (avec celles d’autres : Mouffe, Jorion, Stiegler, Lordon, pour n’en rester qu’aux francophones vivant(e)s). Le premier modèle de la théorie de Badiou (le « schéma gamma », relatif au traité L’Être et l’événement, 1988) sert à penser l’agir exceptionnel collectif (ce que Badiou nomme un « parcours de Vérité »). Appliqué à l’action politique (collective) exceptionnelle, pour qui croit (j’en suis) qu’un mouvement populaire comme Nuit Debout est une aventure (politique) collective exceptionnelle, ce modèle prédit qu’il peut y avoir, pour nous de NDN, une (longue) phase « traversée du désert ».

BadiouSchemaGamma

Le deuxième modèle, proposé dans le deuxième grand traité de Badiou (Logiques des mondes, 2006), spécifie en la complexifiant une des parties du schéma gamma : par la « théorie de la subjectivation » (i.e. la théorie du Sujet collectif, de sa genèse et des dangers qui le guettent). En gros, Badiou y explique que, par effet de structure (pensez à Lordon…), quand un Sujet (collectif) émerge, deux « anti-Sujets » émergent automatiquement, pour essayer d’en stopper par tous les moyens la trajectoire (perçue comme dangereuse).

BadiouSubjectivation

Je pense que l’aventure Nuit Debout est encore ouverte (et structurante) et que le plus beau est à venir. Pour l’heure nous devons penser à résister, comme Sujet collectif, à la traversée du désert et aux deux sortes d’anti-Sujets qui vont surgir. En même temps, par nos « enquêtes », nous devons travailler à construire notre Vérité politique. A suivre…

P.S.: Ce court texte est d’abord paru dans le n°277 du GarRi la nuit, l’hebdomadaire papier de Nuit Debout Nice

CouvertureGarRi277Bis

4 commentaires

  1. Merci Alessio !
    On a envie d’y croire 😉 Mais est-ce que tu pourrais nous expliquer en quoi consiste cet innomable qu’il ne faut a aucun prix forcer ?

  2. bon… j’ai trouvé ça…
    « Le bien est un innommable tel que forcé il entraîne au mal, par où nous touchons à la question contemporaine très débattue de l’éthique, dont nous verrons qu’elle requiert une géométrisation de la pensée, d’où ce schéma Gamma ainsi nommé tout simplement parce que son dessin fait apparaître la lettre grecque γ. »
    http://www.entretemps.asso.fr/Badiou/90-91.htm
    Et si je comprends bien (cours 8) la vérité est un autre innommable… c’est a dire que le fait (pour la philo) de se prétendre procédure de vérité (je dis cela qui est la verité parce que je suis le dire de la vérité) constituerait une totologie, donc une boucle logique et… une forme de larsen? Et alors le mal serait ce larsen?
    De l’usage des boules Quies en philosophie 😉

    Mais dans le cas de Nuit Debout ?
    Ou est l’innommable?

    1. Mince, t’as rétréci ton commentaire avant que j’aie eu le temps de tout métaboliser. Bon, l’idée d' »Innommable » est un peu compliquée à expliquer (pour moi). Cela dit, l’a un peu travaillé à NDN (la philo de Badiou en général, surtout début avril), il devrait donc bientôt paraître dans le « GarRi la nuit » (voire en brochure 😉 ) des petits textes pédagogiques sur l’argument. Je rechigne à te répondre de suite car c’est plus facile pour moi d’exposer les choses dans l’ordre (sans doute je ne maitrise pas encore assez Badiou). En d’autres termes, l’Innommable est un cas particulier de « soustractif » (au sens de Badiou), je préfère donc rappeler d’abord comment Badiou arrive (vers 1988-1992) à la notion de soustractif et en quoi cette dernière consiste. L’Innommable est une structure de la réalité que les mathématiques ont perçu les premières mais qui s’applique plus largement à la réalité. Ça rappelle l’idée grecque de hubris, la sagesse tragique et de fait une des grandes idées de Badiou (mais la formulation, là, est de moi) est que les mathématiques sont essentiellement « tragiques » (et de ce fait très « vraies »). A suivre …

      1. En math il me semble que c’est un cas limite, voire un paradoxe, non?
        Le fait que ‘quelque chose’ échappe a un systeme logique n’est-ce pas une condition d’existence (ou de possibilité) de ce systeme?
        Par exemple l’innommable est ce qui permet au nom d’exister…
        On doit pouvoir démontrer que le théoreme ‘tout est nommable’ contient une contradiction logique (par exemple, par qui? et comment nommer celui qui nomme? etc.)
        Mais dans le cas du schéma gamma de Badiou l’innommable n’est pas un cas limite mais bien une étape indispensable dans le deroulement de l’evenement exceptionnel (si je comprends). Quelque chose de religieux dans cette idee, non? (marrant cette idée du religieux refoulé chez Badiou 😉

        Bon… ceci dit… on est en effet depuis toujours dans la position (le désir) de vouloir nommer (ou organiser, regler, legiferer, ce qui revient sans doute au meme) Nuit Debout… et toute tentative (de forçage) dans ce sens ne semble mener qu’a l’échec, n’etre qu’une mise a mort…
        Depuis le debut de ND j’ai ce sentiment que je voudrais bien savoir plus ce que c’est… et en meme temps je suis persuadé qu’il ne faut pas, a aucun prix, nommer (j’avais proposé a la comm manifeste d’en ecrire un par jour) parce que nommer empeche la chose nommée de vivre, de devenir, de suivre sa trajectoire propre. Ou bien parce qu’on est pas équipés pour voir ce qui arrive au présent… on ne voit que le passé (ce qu’on connait, ce qui porte un nom) de ce qui nous arrive… donc nommer voudrait dire nommer… le meme ! (on entre alors dans un theme nietzschien 😉

        PS J’ai lu un peu sur le soustractif mais j’avoue que pour le moment… 😉

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