GÉOMÉTRIE DE LA NOUVELLE DROITE (la pilule idéologique du 284 mars)

Les travaux du philosophe et politologue Pierre-André Taguieff (1946-) montrent depuis 30 ans (avec La force du préjugé. Essai sur le racisme et ses doubles, 1987, et avec Sur la nouvelle droite. Jalons d’une analyse critique, 1994) que partir en guerre (comme nous) contre ce que nous croyons naïvement être l’« extrême-droite » est en réalité un suicide politique annoncé, si nous ne réalisons pas qu’à la place il y a désormais la « nouvelle droite », dont nous ne maitrisons pas les concepts, forgés par le philosophe Alain de Benoist (1943-). Ce sont précisément ces concepts dont se nourrissent tous les « seconds couteaux » (les Soral, Zemmour, Camus, Escada, Pince et autres), qui comme par magie parviennent à nous ridiculiser aux yeux d’une partie toujours grandissante de la population. Il y a le feu au lac : les théoriciens de gauche dorment et plus nous militons « à l’ancienne » (pour les migrants, pour le féminisme…), plus la population (la tête pleine des critiques que la nouvelle-droite fait de la « bienpensance de gauche ») fuit la gauche avec horreur et glisse vers la nouvelle droite pour, au final, y adhérer. A titre d’exemple, l’« anti-racisme » (un de nos chevaux de bataille préférés, s’il en est) est un régal pour la nouvelle-droite. Dès les années 1970, de Benoist a savamment et habilement fabriqué une doctrine, l’« ethno-différentialisme » (le cœur de la nouvelle-droite), qui en gros substitue un racisme basé sur la culture au racisme basé sur la biologie. Cette théorie, plus forte qu’il n’y parait (elle leur permet de traiter les anti-racistes de racistes !), se base sur une sorte de paradoxe logique inhérent à l’antiracisme (i.e. comment exclure celles/ceux qui excluent, sans en être ?). Je passe les détails. Taguieff parvient à plusieurs modèles, dont le suivant, qui exprime que, par un effet de structure, racisme et anti-racisme sont – gros problème ! – des sortes de frères jumeaux.
Taguieff

Ce carré est un « carré logique ». Or, de ce genre de formalismes il y a une jeune science, la « géométrie oppositionnelle » : elle dit que tout carré est inclus dans un « hexagone logique ». Mon intuition est qu’il y a ici un angle d’attaque décisif pour cette lutte idéologique cruciale…

80.QuatreActeursDeLaNOT

 

P.S.: ce billet est initialement paru dans le numéro 284 de « GarRi la nuit », l’hebdomadaire papier de Nuit Debout Nice CouvertureGarRi284

3 commentaires

  1. Oui, on a d’évidence besoin d’une nouvelle gauche ! Vite !
    A moins qu’on arrive a sortir de cette satané geometrie gauche / droite, puisqu’il n’y a qu’une vraie difference today:
    D’un coté les machos ultra-liberaux a la Trump prets a tout pour accumuler plus de pouvoir au detriment des vies et de la planete.
    De l’autre … quelque chose comme l’eco-feminisme.
    cf Reclaim, textes ecofeministes compilés par Emilie Hache….
    ça aussi c’est une piste serieuse, je crois…
    Mais je n’ai rien contre les tetraedres… 😉

  2. En ce qui concerne l’anti-racisme… c’est vrai que le ‘politiquement correct’ recouvre des notions très très embrouillées…

    Par exemple le principe de l’égalité des droits de la déclaration des droits de l’homme « Tous les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits » s’est pris un peu les pieds dans la philosophie de la valeur d’Adam Smith, il me semble.

    On a souvent retenu que le principe de l’égalité, les hommes sont égaux, qui suppose une mesure. Dans le préambule de la déclaration d’imdépendance des Etats Unis (qui a inspiré le texte français) figurait : « les hommes ont été créés égaux ». Noter quand meme le ‘ont été créés’. Reste largement ouverte la possibilité de devenir… supérieurs… ou inférieurs…

    Smith était un contemporain des lumières mais ne travaillait pas dans la même direction (ou bien finalement si?). Inventeur de l’économie-politique et de la valeur-travail qui sera développée ensuite par Marx. Mais la valeur-travail s’applique aussi (en boomerang) à l’humain. A partir de là, l’idée de l’égalité se confond avec le principe de commensurabilité et donc celui de valeur. Lui même déterminé par la position centrale de l’argent… depuis Smith. Tout ca reste un peu confus encore today dans nos tetes, je pense.

    L’égalité des droits est d’ailleurs une notion… problématique, ou disons philosophiquement complexe. D’autant plus que son application dans le domaine…. du droit, n’a jamais eu lieu. (C’est Foucault je crois qui disait que dans nos sociétés la justice était l’instrument de la police et rien d’autre.) On a jamais testé cette théorie philosophique de l’égalité sur le terrain des faits. C’est pourquoi elle appartient aujourd’hui au domaine de la bien-pensance.

    De la même manière antiracisme entretient un rapport compliqué avec par exemple l’idée d’intégration. L’intégration a-t-elle pour but de faire disparaitre la différence? Ou bien faut-il au contraire la préserver? Etc.

    Les principes philosophiques et moraux mis en place par la révolution (évenement au combien complexe, multiple et paradoxal) sont toujours restés quelque peu obscures. D’autant qu’elle n’a pas pu –ou pas voulu– en interpréter la signification à terme et les conséquences. A défaut… et bien le bon sens prévaut! Et le bon sens affirme, avec raison si je peux dire, que l’égalité n’est pas de ce monde. Le prochain pas est bien sur pour tous les hommes et femmes de bon sens de révoquer la bien-pensance de gauche comme on avait déjà révoqué et pour les mêmes raisons la bien-pensance chrétienne.

    On est forcé d’admettre aujourd’hui que les deux poursuivent d’ailleurs le même but. Faire tenir tranquille à force de promesses dont la tenue est toujours infiniment retardée, les esclaves -rebaptisés classes moyennes. Le gouvernement Hollande en est la preuve définitive.

    La gauche est morte, de profundis, parce qu’elle a été (enfin) démasquée. La bien-pensance, comme la culpabilité, est de la merde! Ce qu’il faut comprendre a mon avis c’est que l’avantage énorme de la nouvelle droite est de mener un combat pour soi-même (les artisans, les paysans, les classes-moyennes, sans oublier les possédants, les propriétaires, les patrons…) et non à la place des autres. Beaucoup plus sain de réclamer quelque choses pour soi que de faire semblant de se battre pour et à la place de… (des pauvres, des femmes, des étrangers, etc. ). Arrêtons de nous battre au nom de grands principes et commençont a nous battre au nom de nos désirs !

    La vraie question qui se pose à nous est de savoir ce que nous voulons réclamer… pour nous-mêmes.

    C’est là ou le combat féministe (même bourré de contradictions et de violents débats internes) ouvre des possibilités nouvelles et fertiles. Parce que s’il part des femmes ‘elles-mêmes’, il s’ouvre progressivement à tout ce qui les (nous) concerne. La beauté, la paix, l’harmonie, et donc la défense de notre milieu de vie et de nos conditions de vie. A partir du féminisme nous pouvons réclamer le respect de nous-mêmes qui passe par le respect des autres, terre, humains, animaux, et même peut être machines, dans le sens ou abuser de l’usage des machines nous aliène.

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