TENIR AU FIL A MINOTAURE

Rémi, à Nice (favorisé(e)s, certes, par les conditions climatiques, plus clémentes qu’ailleurs – mais on se les caille quand-même!) Nuit Debout reste Nuit Debout: nous nous réunissons chaque soir ( = il fait noir, dès gens vont se coucher ou se préparent à y aller) et nous sommes « debout » politiquement (et philosophiquement, et existentiellement, et symboliquement…). Pour nous c’est exaltant (là où tout le monde croit que notre petit nombre est source pour nous de déprime – méprise totale!!!), car nous sommes obligé(e)s d’inventer constamment de nouvelles choses. Là nous travaillons d’arrâche-pied à l’idée de maison d’édition (qui gagnerait à se faire en collaboration avec d’autres ND, comme nous nous l’étions dit, avec NG et toi), nous sommes en train d’écrire des petits livres à l’intention des militant(e)s et des jeunes (sur les migrants, sur le féminisme, sur Badiou, sur Stiegler…). Je persiste à penser, avec les ami(e)s de la place Garibaldi, que briser le fil de ND (pour nous: briser le fil de l’occupation visible de la place Garibaldi) serait une perte incalculable, malgré le fait invoqué par tou(te)s et partout que « le réseau ND de toute façon continue sa vie de rhizome imprévisible et joyeusement créatif ». Ce serait plonger à nouveau dans la dangereuse passivité pseudo-révolutionnaire du « quand est-ce qu’un truc de masse palpitant va surgir, pour qu’on y adhère vite? ». Derechef: comment croire sérieusement être capables de changer le monde radicalement (changer le monde radicalement!!!) si l’on n’est même pas capable de s’arracher à son confort domestique (télévisuel et/ou informatique et/ou mondain et/ou professionnel et/ou …) pour faire vivre cette utopie réalisée, microscopique certes mais – putain de Dieu – hautement signifiante pour tous les gens qui passent et qui vous voient et s’interrogent, d’un lieu publique réapproprié par des citoyen(ne)s libres sans aucune interruption assignable?

2 commentaires

  1. Bravo Alessio! C’est génial si vous y arrivez!

    Moi je pensais que, de nuit debout (ça voulait designer à l’origine l’acte exceptionnel de ne pas se coucher… tout une nuit, une seule), on pouvait peut-être passer à Toujours Debout, ou tous-les-jours-debout. Que ce ne soit plus l’exception mais la règle. Je ne crois pas qu’on soit en désaccord la dessus. En tout cas, bravo les niçois! On va essayer de passer vous voir un de ces jours… Et, oui, j’adore l’idée d’une édition debout… non pas une maison, mais une place d’édition 😉

    Plus sur le fond…

    ‘Changer le monde radicalement’ est une utopie, un nulle part. C’est bien de le savoir, d’en être conscient. Les conditions du changement ne dépendent pas seulement de la volonté humaine, et c’est heureux. Je vois ça plutôt comme un système écologique, ou, quand on modifie un paramètre qui semble tout à fait secondaire, et bien tout se modifie peu à peu. Ma compréhension des choses c’est que ce système-monde est cuit et archi-cuit. Ce qui ne l’empêchera pas malheureusement (au contraire) de faire encore beaucoup de dégâts. Un autre système, un nouvel episteme (si je peux utiliser ce terme que j’aime bien malgré tout) se met en place, quasi invisible, sous les ronces. Un combat frontal ne servira à rien sauf a nous épuiser. Un combat frontal serait comme de charger des moulins a vent! Ca fait mal, mais ça donne pas grand chose! Non! Il faut à la fois de la patience et de l’amour… et peut être arroser un peu de temps en temps.

    Mon idée est que le monde est en train de changer radicalement… par nécessité absolue. Surtout, mon idée est… que c’est déjà là ! Et si ce n’est pas déjà là, et bien on est cuits ! Mais, comme tous les changements réels, on ne les découvre qu’après-coup, parce qu’on est incapable de voir ‘ce qui se passe’… a cause des ronces? Que faire, alors? Attendre la prochaine révolution? Attendre que ça tombe tout cuit? Pas du tout, pas du tout, il faut remettre du petit bois 😉 souffler doucement sur la braise 😉 il faut accompagner le mouvement, comme en judo, pousser, ou plutôt ouvrir un peu d’un coté.

    Ca c’est notre boulot ! Et c’est pas rien ! Ouvrir, c’est a dire inventer des mots pour ce truc informe et sans nom. Inventer les nouvelles idées qui constitueront un nouvel episteme, un nouveau rapport au monde réfléchi, demain. Il faut tout repenser parce que finalement on a rien compris. Le monde est inconnu disait NG. Tout ce qu’on a compris on l’a compris de travers. Le travail. L’argent. L’humain. Le monde. Tout!

    Perso, j’ai deux chantiers prioritaires (plus une dizaine d’autre) en ce moment. Une réflexion sur la constitution (à partir des textes fondateurs, comme la Bill of Rights anglaise de 1689) et un questionnement fondamental de l’argent. L’argent sert-il à quelque chose ? A quoi ? La spéculation pure, cette sorte de larsen qui est son principal mode d’existence aujourd’hui n’est elle pas le signe que l’argent comme principe de commerce, c’est a dire de relation, est mort? (Tres intéressant d’ailleurs ce qui se passe en Inde en ce moment!)

  2. PS cette image des bouquetins est délirante… ils font quoi? ils cherchent du sel? Free-solo ! 😉
    (J’ai fait qq recherches avec google image et j’ai pas trouvé grand chose… national geographic?)

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