NOUS (suite)

2 – androïdes

Les androïdes rêvent de moutons électriques, lisent de vieux livres de SF, moi aussi, le côté futur antérieur, ça aura été, il me semble qu’il y a une possibilité, comme ce livre de Dick la vérité avant dernière, la guerre nucléaire, non, pas encore vraiment nucléaire, quoique Tchernobyl, quoique Fukushima, mais toutes les autres guerres, oui, on ne vit pas physiquement dans des galeries souterraines, pas tout à fait dans des galeries souterraines, on vit replié, terrorisé par la catastrophe toujours annoncée, toujours reportée, sous cette menace permanente, toujours réitérée, que nous déverse les NEWS, tous les matins, tous les soirs, sur papier, par ondes courtes, ondes moyennes, ondes longues, modulation de féquence, internet, bouche à oreille, sous cette menace permanente, on se crève le cul à produire, quoi, des machines, pour réduire le temps de travail humain, qui ne fait qu’augmenter depuis les premiers jours du monde, depuis plutôt que le travail, c’est à dire l’esclavage, a été inventé, on se TUE à produire des machines, qui nécessitent toujours plus de travail humain, cent fois plus de travail, on s’épuise à produire des colifichets pour quoi faire, pour amadouer qui, quels sauvages, ceux qui, là-bas, fabriquent les colifichets ou bien nous-mêmes sur qui eux là-bas les déversent par plein conteneur-ships ?

La catastrophe, toujours en embuscade, crise économique, menace terroriste quand ça ne suffit plus, les hommes en gris, les hommes sérieux, les hommes responsables, les hommes derrière leur bureau, les femmes sérieuses, les femmes responsables, les femmes derriere leur bureau, prennent des tons impérieux, des tons dramatiques, puis des tons rassurants, expliquent encore et encore pourquoi on doit se sacrifier, pourquoi on doit en baver, on, c’est à dire l’homme commun, c’est à dire l’homme vulgaire, c’est à dire moi, toi, NOUS, se sacrifier pour les actionnaires, pour que les actionnaires puissent JOUIR de leurs biens, les marionnettes, les Talbot Yancy, les clowns tristes, nous font peur et puis nous rassurent, nous grondent et puis nous consolent, paternels, et nous gentils enfants on les croit, parce que le mensonge est trop énorme, et puis on y a pris goût, on aime ça, la peur c’est une drogue, et on adore se faire peur, on adore l’horreur, la violence, on a besoin de notre dose d’excitants, on a besoin d’adrénaline pour supporter, pour supporter quoi, la platitude, l’horizon désespérément vide, le désespoir, le désamour ?

Le vérité, y a-t-il une vérité, si il y a quelque chose comme une vérité c’est qu’on est drogués, on est drogués à l’horreur, à la peur, mais on ne le sait pas, mais les maîtres du jeu (idiot) le savent, eux, c’est à dire les maîtres du jeu idiot le savent SI ils existent, si seulement ils existent, ou alors seulement un avatar, une intelligence artificielle, ou bien seulement une névrose collective, une hallucination collective, ou bien seulement une machine folle, une machine à travailler, à produire, à vendre, à jeter, à punir, à récompenser, à jouir, à souffrir, une machine absurde et hors de tout contrôle, une machine à boire de la soupe, une machine à fabriquer des images, à fabriquer du rêve, à fabriquer des iles tropicales, à fabriquer de jolis garçons, de jolies filles, une machine dans notre tête, notre tête machinique qui déraille, illusion tout n’est qu’illusion, les porte conteneurs devant ma fenêtre, illusion, les mercedes benz, illusion, le réchauffement planétaire, illusion, l’état islamique, le front national, le vacherin, le son de la pendule, la richesse, la misère, la jouissance et la souffrance, la vie et la mort, illusion.

La science n’est d’aucun secours, la science jette de la poudre aux yeux, perlinpinpin, la science nous en met plein les mirettes, la science ou l’art du trompe l’oeil, la difficulté c’est qu’on a le nez dedans, la difficulté c’est qu’on a aucun recul, on est incapable de voir ce qui se passe, maintenant, là, sous nos yeux et c’est là que la SF la science-fiction, la fiction de science peut aider, on prend au hasard un vieux bouquin des années cinquante, Orwell, Huxley, Dick, et on se dit merde ! on y est en plein, la SF est une clef, un bref instant on aperçoit quelque chose, on croit que ça y est, mais la clef ne suffit pas tout à fait à ouvrir la boîte, parce que la SF est plutôt paresseuse, elle invente des situations, elle invente des objets, elle invente même des mots, c’est vrai, mais elle n’invente pas un langage, elle reste coincée dans le passé, dans le futur antérieur, dans le déjà mort, elle entrouvre la boîte infernale mais le couvercle se referme en claquant, blang ! pas le temps de coincer un pied dans la fente du temps.

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