FAUT PAS RÊVER ! (OU BIEN SI ?)

Sur MdP je lisais un papier sur la ‘prestation’ comme on dit de Mélenchon a Marseille, puis, par curiosité je me suis laissé aller a jeter un oeil sur les commentaires (toujours aussi excités) des pro et anti FI. Je me suis même décidé a balancer un pavé dans la marre, qui a immédiatement disparu (plouf) sans faire de rides. Décidément je ne dois pas être sur la bonne longueur d’onde, et j’imagine que je devrais en être plutôt fier. Quoiqu’il en soit… je reprends ce texte, modifié et développé, ici.

Curieux débat. Au premier coup d’oeil parfaitement stérile. A la réflexion plus riche qu’il n’y parait. En gros, deux thèses s’affrontent. L’une défend l’idée que les élections n’apporteront jamais (et n’ont jamais apporté, même au Chili) la révolution. L’autre, qu’il est inutile d’attendre le grand soir qui n’arrivera jamais, et qu’il faut avancer vers le moins pire. Autre ligne de discussion sur le fait que le FI n’a jamais remis en question le capitalisme, qu’il se propose simplement de l’aménager. (Capitalisme ? Ou pouvoir oligarchique et absolu d’une très petite caste de ‘financiers’ ?)

Bien sûr, on peut le comprendre l’espoir immense de ceux que j’appellerais ‘génération mélenchon’. Qui n’a pas envie d’y croire ? Qui ne rêve pas d’un gouvernement un-peu-moins-au-service-du-capital ? Qui ne rêve pas d’influer sur la marche du monde et de faire un pied de nez aux politiciens dits ‘pourris’ ? Même Frédéric Lordon, qui est un peu notre héros, ici, s’est plus ou moins rallié a la FI, tout en précisant qu’après, il faudrait être derrière, dans la rue, pour que quelque chose bouge. Bien sûr ! Mais Mélenchon, admirateur éperdu de Mitterrand, est-il vraiment un homme politique différent ? Et puisqu’on parle de Tonton, comment oublier l’euphorie de 1981 et la lente descente aux enfers qui a suivi ?

Cher Frédéric, faut pas rêver ! Non seulement les élections n’ont jamais permis la révolution en effet, mais je voudrais ajouter que RIEN n’a jamais permis de renverser une caste qui détient effectivement le pouvoir économique ! A quoi tient le succès relatif de la révolution française ? Il tient à l’anachronisme économique et à l’artificialité du pouvoir de l’ancien régime ! Le système-monde dont nous dépendons (bon gré mal gré) est un système de gestion économique, extrêmement puissant, réactif, en veille permanente. Le fait que les bourses réagissent a peine, pour quelques heures, a des événements aussi dérangeants que l’élection de Trump, par exemple, montre bien ce que le pouvoir politique représente actuellement.

Evgeny Morozov présente dans son texte ‘Tim O’Reilly crazy talk’, l’idée de government-platform dont le rôle serait limité à gérer la plateforme qui met un État, son infrastructure, et ses habitants, à la disposition des entrepreneurs, et permet aux entreprises de tourner au maximum de leur rendement. Un gouvernement qui se charge de la gestion des ressources humaines, si l’on peut dire, à l’échelle nationale, rêves ou mécontentements populaires, bref de tout ce qui peut permettre d’améliorer (ou risque de diminuer) ce rendement.

En est-on là ? On en est pas bien loin, j’en ai peur. C’est d’ailleurs très intriguant que lors de la rédaction des premières constitutions on ait (délibérément?) oublié le pouvoir économique, bien que les banques aient pesé de tout leur poids, on le sait maintenant, dans le processus révolutionnaire. Pourtant, comme disait le bien nommé FOG (Franz-Olivier Giesbert), à propos des médias et parlant sans ambiguïté du pouvoir de l’argent, il faut que le pouvoir s’exerce ! La messe est dite ! Dans cette optique, le vote est en effet à la fois inutile et contre-productif.

Inutile parce que ni un Mélenchon, ni un Poutou n’ont la possibilité d’y rien changer, même s’ils en avaient l’intention. Inutile, parce qu’il faut être fou (Mirbeau le disait déjà il y a déjà un siècle) pour s’offrir volontairement comme esclaves à l’un d’entre nous, dont on sait par avance qu’aussitôt élu il va s’employer non pas à nous ‘représenter’, mais à nous exploiter et nous maltraiter. Contre-productif parce qu’il nous détourne de l’idée d’exercer notre pouvoir de citoyen de façon directe, là où nous vivons, là où nous travaillons. Comme le remarquait très cyniquement le banquier Jaques Attali des pauvres (que s’ils n’ont pas beaucoup d’argent ce fait est largement compensé par leur nombre) nous n’avons pas beaucoup de pouvoir mais… et bien nous sommes la multitude ! (Au moins ça !)

D’ailleurs… même si nous parvenions à la faire, la révolution ? Et bien l’histoire nous enseigne qu’elle nous entrainerait dans une accélération des transformations économiques qui sont en germe aujourd’hui dans le monde, et que nous ne connaissons que trop bien. Avec en perspective la promesse du devenir inutile du travail… et des travailleurs (voire des humains en général, hop! Poubelle!). Un monde dans lequel l’homme a le choix entre devenir machine, ou bien disparaître ! Et c’est bien ce que les gouvernements tentent de nous faire entrer dans la tête aujourd’hui, de façon brutale. Ou bien vous acceptez la place de machine qui vous est proposée, ou bien on ne vous lâche pas ! Ceux qui se révoltent sont traités comme de dangereux terroristes ! Big brother is watching you !

Ne nous bouchons pas les yeux pudiquement, ce qui se profile a l’horizon est assez proche de ce que décrivait Gibson dans Neuromancien: un monde dirigé par des Intelligences Artificielles difficilement cernables, qui gèrent les intérêts de quelques tycoon en état de cryogénisation avancée. (Le Mélenchon-hologramme n’en est-il pas un signe avant-coureur ? Est-ce un lapsus ?) Ces IA se mettent en place aujourd’hui dans tous les secteurs des sociétés et obéissent a des logiciels strictement économiques. Un exemple en est Google et a un moindre degré Facebook, qui ont acquis un poids politique plus important que les gouvernements et dont la logique est purement financière.

Cf. a ce sujet Evgeny Morozov, Feodalisme 2.0 et Frédéric Kaplan, « Quand les mots valent de l’or » (Monde diplomatique)

Après le monde de l’ordre de la période humaniste nous entrons dans le monde du chaos et ce qui le caractérise c’est son opacité. L’image n’est plus la comme représentation (d’une cité idéale, par exemple) mais comme système de brouillage. Que pouvons-nous faire, alors? Nous révolter? Frontalement, cela revient a se fracasser la tête la première contre un mur. L’ “invention” du terrorisme a été la dernière parade des chiens de garde de la finance contre toute remise en question. La seule chose que nous pouvons faire et que nous devons faire est d’inventer aujourd’hui, là où nous sommes, de nouveaux mondes possibles, de semer, de jeter les bases d’une autre économie, d’autres sociétés, aussi indépendantes qu’il est possible des états. Ce que nous faisons, d’ailleurs un peu partout dans le monde. Utopie? Oui, bien sur, dans le meilleur sens du terme. N’est-ce pas la seule richesse qui nous reste ? Cultivons-là !

Quelqu’un m’a répondu dans la ligne de plus de 700 commentaires au papier de MdP (oui, j’ai quand même eu droit à une réponse), alors quoi? Est-ce que vous proposez de baisser les bras ? Baisser les bras ? Ce que je propose au contraire… c’est de retrousser les manches ! Voter est facile ! Changer notre rapport au monde et au pouvoir est une tout autre histoire ….

Faut pas rêver ? Si, bien sûr qu’il faut rêver ! Mais soyons sûrs de rêver nos propres rêves !

 

PHOTOS D’AFFICHES ANARCHISTES PHOTOGRAPHIÉES A BELLEVILLE PAR NG

1 commentaire

  1. Merci pour ton commentaire photo NG !
    Très curieux, l’image qui illustre le tract anar est tirée du film Jules et Jim !
    Un autre sujet passionant, la sexualité !
    Faudra qu’on en cause un de ces jours…

    Le texte complet du tract est ici:
    https://lelaboratoireanarchiste.noblogs.org/post/2017/03/19/publications-nous-nirons-pas-voter-pour-en-finir-avec-lillusion-de-la-democratie/

    Si vous suivez ce lien vous verrez que la seconde affiche est illustrée de la photo d’un enfant (deux en fait) courant vers nous à travers un champ en faisant l’avion.
    Apres recherches j’en ai trouvé l’auteure, une photographe polonaise:
    I‘m Izabela Urbaniak, a photographer and mother of two playful boys from Lodz, Poland. Since 2012, I’ve been creating a photo series called “Summertime,” which depicts holidays in the countryside (in the tiny village of Lugowiska), carefree childhood, and the joy and happiness of everyday life. These pictures represent summer without computers and TVs – only idyllic nature and playing children.

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