CONTINUER !

NEWS DE L’ÉTÉ, FINISSANT (ET DE LA FOLIE DU MONDE)

Robin grièvement blessé à Bure le 15 août, a écrit ce témoignage le 16 août, dans sa chambre d’hôpital :
«Je suis Robin,la personne qui a été blessée au pied par une des nombreuses grenades assourdissantes que les gendarmes mobiles ont lancé sur les manifestant-e-s, aux alentours de Bure mardi 15 août 2017.  Je suis à l’hôpital de Nancy. Mon pied est dans un sale état, la grenade l’a creusé sur une profondeur de 3 cm et un diamètre de 13 cm. Les os sont pour la plupart brisés. Certains ont même disparus, pulvérisés. La chaussure a été explosée, le plastique a fondu et s’est engouffré dans la plaie, si bien qu’une infection est probable, ce qui nécessiterait l’amputation des 5 orteils. À cela s’ajoute une trentaine d’éclats répartis dans l’autre jambe.
Les gendarmes ont tiré une quinzaine de grenades assourdissantes, ils ne courraient aucun danger. Juste avant que mon pied saute, j’ai vu une grenade exploser à hauteur de tête. Pour moi la volonté des forces de l’ordre à ce moment là est très clairement de blesser ou tuer, dans le but de terroriser ceux qui se battent et ceux qui ne se battent pas encore. Sur le brancard de l‘équipe médic dont je salue le courage et l’efficacité, j’entendais encore les grenades exploser. Malgré le brutal changement que cette blessure va provoquer dans ma vie de père de 2 enfants en bas âge, j’appelle plus que jamais à continuer le combat, à le prendre ou le reprendre pour certain-e-s.»

 

Continuer le combat ? Mais quel combat exactement ? Le combat désespéré contre la folie du monde ? Contre la folie humaine ? Contre la folie de maitrise ? Contre la folie objective ? Contre la folie de l’objet-monde ?

Ou bien le combat contre les diables ?

Parce qu’une fois de plus, c’est à ça que nous sommes confrontés, à ce diable, la soif du pouvoir, l’argent. Et de quoi s’agit-il, à Bure, sinon d’argent, de pouvoir ? Combattre les diables ? Mais il faudrait connaître les exorcismes. Il faudrait les combattre avec leurs armes, diaboliques !

Notre magie à nous est-elle de les mépriser, de les ignorer ? De ne jamais nous placer sur leur terrain. D’inventer jour après jour notre propre espace, mental et physique ? Ou bien d’inventer notre  propre diable, celui-là même que nous avons nommé ART DEBOUT. Celui-là même auquel nous donnons vie, mot après mot, acte après acte.

Notre magie à nous se nomme-t-elle art ? Quoi, art ? Quel art ? PAS celui qui se cultive dans les mondes de l’art ! PAS celui qui se montre dans les galeries, les musées ! PAS celui qui s’échange sur les marchés !

C’est vrai, comme tous les jeunes artistes nous avons, nous aussi cherché la reconnaissance. Nous avons nous aussi couru après le train. Nous avons nous aussi accepté le diktat selon lequel seul l’art adoubé par la finance existe comme art.

Aujourd’hui nous sommes placés devant l’évidence de notre erreur. Le compas, nous l’avions lu à l’envers, plutôt, nous nous étions trompés de compas. Notre seul guide, notre seule direction est le désir — de faire (ou ne pas faire). La non reconnaissance des mondes de l’art, la non conformité aux besoins du marché, ne sont, après-coup, seulement après-coup, qu’une confirmation.

L’art contre l’argent ?

L’art contre le pouvoir ?

L’art contre les grenades ?

Et pourquoi pas ?

QUE NOUS RESTE-T-IL D’AUTRE QUE LA CROYANCE (sinon nous sommes toujours-déjà vaincus) EN LA PUISSANCE DE NOS DIABLES (DE NOS ACTES) ?

QUE POUVONS-NOUS FAIRE D’AUTRE (face à la violence militarisée de l’argent) QUE DE CONTINUER

je vais donc continuer, il faut dire des mots, tant qu’il y en a, il faut les dire, jusqu’à ce qu’ils me trouvent, jusqu’à ce qu’ils me disent, étrange peine, étrange faute, il faut continuer, c’est peut-être déjà fait, ils m’ont peut-être déjà dit, ils m’ont peut-être porté jusqu’au seuil de mon histoire, devant la porte qui s’ouvre sur mon histoire, ça m’étonnerait, si elle s’ouvre, ça va être moi, ça va être le silence, là où je suis, je ne sais pas, je ne le saurai jamais, dans le silence on ne sait pas, il faut continuer, je ne peux pas continuer, je vais continuer.

 

 

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